Pour toi… et moi.

Les troubles alimentaires LaTesteuse

« Pour toutes les fois où je suis montée sur une balance le souffle court, que cet instant a gâché ma journée, voir ma semaine, car il revenait beaucoup trop souvent. Pour toutes les fois où j’ai trouvé ça horrible de voir quelqu’un manger du pain où que j’avais le poids du monde sur mes épaules parce que j’en avais mangé. Pour les nuits blanches à avoir peur de grossir ou pour ma garde-robe qui pourrait facilement se transformer en magasin à grande surface avec une sélection étonnante de grandeur.

Les troubles alimentaires dépassent les capacités innées d’avoir du gros bon sens, la gourmandise et le petit manque de motivation quotidien des jours plus gris. Le trouble alimentaire c’est la petite voix qui vit sur le chemin entre l’anxiété et l’estomac. C’est de se servir de quelque chose de vital pour se faire mal. Ce sont des gros mots qui font peur, mais une fois qu’on apprend à parler plus fort que cette petite voix, il est possible d’être le vainqueur de la majorité des combats.

On peut blâmer notre mère, la poupée Barbie ou les magazines pour notre pauvre image corporelle. Faire soi-même un choix demeure la seule avenue possible. Depuis les dix dernières années, j’ai dû dépenser plusieurs milliers de dollars dans des régimes de toute sorte. J’ai mis ma santé en péril plus souvent qu’autrement. J’ai fait mal à mon corps parce que de toute façon, à mes yeux, il ne méritait que ça. Malheureusement, à ce jour, le résultat n’est pas très impressionnant. Le chemin a été mouvementé, mais j’ai pris conscience que tout commençait entre les deux oreilles. Pour certains, les bonnes habitudes sont naturelles et instinctives. Pour d’autres, c’est un naturel que l’on chasse et qui revient au galop. Dire à une personne ayant un trouble alimentaire que c’est pourtant simple, il ne faut que changer ses habitudes, c’est comme amener une personne non voyante voir un film muet. La connexion ne s’établit juste pas, et c’est très fâchant.

Ce message s’adresse à toi, la femme ou l’homme ordinaire qui vit le lourd échec de son apparence physique. Qui porte des marques de grossesses, d’abus de veille de régime, qui est victime d’un métabolisme qui dort au gaz ou d’un frein défectueux quand vient le temps d’arrêter. Qui n’essaie plus parce que de toute façon, ça ne mène à rien. Qui cohabite dans son corps avec la culpabilité, l’envie et le dégoût. Qui se demande comment on pourra l’aimer malgré son corps hors norme, ou qui se demande pour combien de temps l’être aimé l’acceptera. Toi, femme et homme ordinaire, arrêtes de te battre à contre-courant et sois intelligent. Quand on te soulignera tes kilos de surplus comme si tu n’avais pas toi-même remarqué, demande toi qui es le plus brillant. Quand on te conseillera des méthodes amaigrissantes bidon, refuse et remercie-toi de t’éviter ce mal. Quand on te dira que ‘’tu serais belle si…’’, répond que tu es ‘’belle parce que’’. Quand un ex-gros te donnera ses conseils de réussite, félicite son courage et rappelle lui de ne jamais rien tenir pour acquis. Toi, la personne grosse, pas grosse, moins grosse, très grosse, pas du tout grosse, mais qui se trouve grosse pareil, reste debout et continue d’avancer.

Il y a des jours où j’essaie de me rappeler qu’il y a environ 25 ans, mon objectif de vie était de devenir une princesse-ballerine-fée et non d’avoir un look socialement acceptable. Parce que j’y pense à chaque jour de mon combat à moi, mes précieuses filleules, neveux et nièces, de sang et de cœur, je vous souhaite de ne jamais connaître le mot régime. Je vous souhaite de toujours vous aimer autant que je vous aime. J’en ferai un devoir personnel de vous garder à l’abri de ce à quoi je me suis exposée sans jamais me protéger autrement que dans le réconfort d’une tonne de calories vides. Je vous souhaite de ne pas vous infliger de souffrance, peu importe ce que vont penser les gens autour. J’espère que vous aurez l’instinct que je n’ai pas… et sinon, j’espère que vous serez toujours forte et fière dans vos différences. Parce qu’elle est là votre liberté d’esprit, et elle ne se mesure pas par votre grandeur de pantalon. »

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